Brève histoire de la maison autonome

Autrefois simple objet de rêveries idéalistes, considéré alors comme un fantasme « écolo-hippie », la maison énergétiquement autonome a traversé les époques. Au fil des années, son concept a su murir, s’unifier, s’adapter, gagner en réalisme et confort, se nourrissant chemin faisant des technologies de pointe en matière d’énergie verte, de domotique et de construction, pour s’inscrire, aujourd’hui même, comme une solide réalité. À l’heure où un réel changement de paradigme écologique s’avère incontournable, la question de l’autonomie énergétique liée aux habitations devient alors centrale. Retour sur plus de 60 ans d’histoire.

Qu’est-ce qu’une maison autonome ?

La maison autonome repose sur un principe simple : être énergétiquement libre, en produisant elle-même la totalité (ou quasi-totalité, selon le modèle) de l’énergie dont elle a besoin. Elle ne consomme principalement que l’électricité autoproduite, sur place. Cette recherche d’autonomie peut d’ailleurs aller, dans les cas les plus extrêmes, jusqu’à s’affranchir totalement des réseaux d’eau et d’électricité nationaux. Énergétiquement parlant, la maison autonome – petite centrale électrique, à elle seule – s’oppose au modèle dominant : le réseau électrique, apparu vers la fin XIXe siècle. Elle exige, de fait, une rupture avec la tradition.

Homsphere et les enjeux contemporains

Gandhi disait : « nous sommes le changement que nous voulons voir pour le monde ». Aujourd’hui, le changement proposé par une maison énergétiquement autonome, tel que Homsphere, repose sur plusieurs axes : réduire drastiquement les coûts (un modèle économique favorable), une efficience énergétique au mieux des possibilités actuelles, une production d’énergie photovoltaïque dont le stockage et la redistribution assurent un parfait rendement, une intelligence artificielle permettant à la maison de dompter et canaliser elle-même l’énergie qu’elle produit. Ici, la vie est plus simple, respectueuse de la nature, technologique et confortable. Seulement, voilà : les grandes révolutions prennent du temps.

Franck Lloyd Wright et ses « Prairies House »

L’un des tout premiers architectes à avoir travaillé sur la question de l’autosuffisance est l’américain Franck Lloyd Wright (1867-1949), notamment à travers « Broadacre City » : son concept utopique d’urbanisation, développé en 1930 et présenté deux ans plus tard reste à l’état de théorie. Pourtant, tout est déjà là. En effet, ici, celui que l’on considère comme l’un des inventeurs de l’architecture moderne imagine les « Prairies House » : des habitations organiques, pensées autour de leur habitant, s’intégrant parfaitement à la nature environnante. Les bâtiments sont envisagés comme des organes autonomes, constituant ainsi un corps cohérent ; les micro réseaux s’opposent alors au macro-système interconnecté.

« Des habitations organiques, pensées autour de leur habitant, s’intégrant parfaitement à la nature environnante. »

Des rêveries hippies : une maison nomade

Quant aux vraies premières tentatives d’applications pratiques, elles datent de la fin des années 60, en pleine période hippie. Durant cette époque politiquement chargée, les acteurs de la contre-culture souhaitent libérer l’habitat, le rendre mobile, communautaire et autosuffisant. Ils envisagent alors l’autonomie énergétique sous un axe politisé, radical, tendant clairement vers une forme de nomadisme et de contestation contre l’establishment capitaliste, représenté (entre autres) par l’habitation connectée au réseau électrique (payant). Leurs tentatives relèvent alors de l’amateurisme, aussi bien au niveau conceptuel que pratique. Au final, les résultats sont désastreux et clairement l’autonomie énergétique n’y est pas théorisée. D’ailleurs, cette première ébauche d’application concrète, son contexte idéaliste et ultra politisée associée, contribuera à l’imagine négative et utopiste associée à l’autonomie énergique, pour de longues décennies à venir. Place donc aux théoriciens.

Luc Schuiten et les expériences isolées

Globalement, durant les années 60 et 70, très peu d’architectes théorisent réellement le concept d’autonomie énergétique. Des cas isolés et autres expériences éphémères (aux USA et en Europe, principalement) retiennent cependant l’attention des médias, comme celles de la maison entièrement autonome du belge Luc Schuiten, construite dans la banlieue de Bruxelles, en 1978. Constituée de plus d’éléments naturels possibles, sa maison utilise des formes d’énergies solaires, en totale opposition à l’énergie nucléaire que Schuiten considérait déjà dangereuse. Visionnaire, le belge voit déjà les technologies permettant d’apporter plus de confort, sans pour autant s’éloigner de la nature. Encore un « Géo Trouvetou » écolo, de plus ? Non, loin s’en faut. L’histoire nous enseignera que la route était la bonne. Mais il faut affiner le concept, le rendre plus confortable et surtout l’insérer dans un contexte sociétal.

Théoriciens visionnaires : Pike, Wellesley-Miller & Chahroudi

Côté académique, Alexander Pike – Directeur du Technical Research Division of the Department of Architecture – conçoit à Cambridge (UK) « The Autonomous House » : un habitat capable de fonctionner sans être raccordé à une centrale électrique, loin des simples clichés « écolos » ou « hippies », en 1974. De fait, il n’est nullement question ici de contre-culture ou d’émancipation à la société de consommation. Au contraire, on recherche bel et bien le confort, mais sans branchement. Aussi séduisant et solide que soit le projet, il s’arrêtera net en 1979 et restera (une fois encore) à l’état théorique, faute de financements.

Parmi les grands théoriciens, il convient de citer également deux designers pionniers en « solar energy » Sean Wellesley-Miller et Day Chahroudi, membres du fameux New Alchemy Institute (Massachusetts, USA – campus réputé pour héberger les premières recherches sur l’agriculture organique et l’énergie renouvelable) qui, en 1976, ont lancé le concept de bioshleter : une serre entièrement solaire, gérée comme un écosystème intérieur.

« L’idéal constructif contemporain se veut donc décentralisé, confortable, solaire et solidaire. »

La traversée du désert et l’Eureka technologique

Les années 1980 représentent une période creuse ou l’énergie en réseau n’a jamais vraiment été remise en question ; aucune modification structurelle notable en vue. La catastrophe écologique de Tchernobyl, en 1986, a pourtant contribué fortement à l’éveil des consciences, du point de vue écologique. On associe alors concrètement énergie nucléaire et pollution : les carburants non renouvelables sont pointés du doigt, mais la route est encore longue. Deux ans plus tôt, le journaliste français Bruno Latour lance les premiers concepts de domotique.

La crise du bâtiment, associée à la saturation du monde de l’électronique motive les entrepreneurs à s’unir afin de renouveler l’offre. Le public veut plus de sécurité, plus de confort et une meilleure gestion des communications. L’ère de la maison technologique et automatisée est alors à ses balbutiements, mais elle contribuera néanmoins fortement à pousser dans son sillage – jusqu’à faire pleinement partie de son ADN, vers le début des années 2010-, l’idée d’autonomie énergétique liée à l’habitat. Tout s’imbrique harmonieusement.

Prise de conscience écologique, sans compromis sur le confort

Aujourd’hui, on assiste à une réelle prise de conscience des besoins réels. On parle d’autoconsommation ; l’indépendance énergétique n’a jamais été aussi concrète. Ainsi, la démocratisation économique des technologies, associées à l’habitat et aux IOT (internet of things, ou objets intelligents), permettent aux habitations d’être toujours plus « smart » et efficientes. Au sommet de la pyramide : l’évolution technique des panneaux photovoltaïques ultra performants – rendant possible et résolument fiable l’utilisation de l’énergie solaire – et l’avènement du smart grid permettant de distribuer et d’équilibrer, en temps réel, les besoins en énergie de la maison. L’idéal constructif contemporain se veut donc décentralisé, confortable, solaire et solidaire, aussi bien dans des immeubles que dans des villas.